Comment les Verts tentent d’étouffer le MoDem
S. Lapoix et G. Andrieu - Marianne | Mardi 27 Octobre 2009
Le MoDem partira seul aux régionales. Europe écologie aurait volontiers scellé un pacte avec le parti de François Bayrou mais les Verts ont fait barrage. Mais c’est pour mieux débaucher en
loucedé certains cadres centristes…
Ça bouge au centre. Ça remue chez les écologistes. Et c’est toute la sphère écolo-centriste qui est en ébullition. Chaque nouvelle heure qui passe apporte son lot de revirements. Le dernier en date
(du moins à l'heure où nous mettons en ligne) ? Celui de François Bayrou, peut-être. Après avoir joué la politique de la main tendue aux écologistes pour le premier tour des régionales, le patron
du parti centriste a annoncé, samedi, lors du Conseil national du MoDem, vouloir présenter des listes autonomes, sans perdre de vue l’idée de mettre en place des alliances pour le second tour. Une
annonce qui sonne comme une décision mûrement réfléchie. Mais il s’agit plutôt d’une décision qui s’impose à lui.
Du côté d’Europe écologie, on aurait pourtant aimé sceller un pacte avec le MoDem. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les frères Cohn-Bendit — Daniel et Gabriel — s’y sont employés. Mais
voilà, les Verts ont fait barrage. Avec une telle vigueur que la famille écologiste, qu’on croyait apaisée, a fini par se déchirer en public. Les différences de point de vue sur le sort à réserver
au MoDem sont apparues dès les résultats des européennes. De façon assez feutrée pour commencer. Comme lors des journées d’été des Verts fin août. Mais ces deux dernières semaines, les divergences
se sont faites plus criantes. Jusqu’à s’étaler dans la presse. Dans Le Parisien, on découvrait un Daniel Cohn-Bendit accusant de « sectarisme latent » les Verts : « Après moins d’un an d’existence
d’Europe-Ecologie, il va falloir nous secouer et nous décloisonner pour arriver à quelque chose. »
Mais plutôt que de l’admettre, Mickaël Marie, le trésorier des Verts, préfère aujourd’hui entonner le célèbre couplet du « tout-va-très-bien-Madame-la-marquise » de Ray Ventura : « Il n’y a pas de
divergences. C’est extrêmement clair pour tout le monde : il n’y aura pas d’alliances au premier tour avec le MoDem, avec le PS ou avec qui que ce soit. Que Gaby [Cohn-Bendit] veuille raconter des
trucs, très bien. Mais ça ne correspond pas à la volonté collective. Il se trompe de calendrier : le débat existe pour 2012 mais ce n'est pas le débat du jour ! » Et de poursuivre en expliquant que
les dissensions entre les Verts et Europe écologie qu’il vient tout juste de décrire ne sont finalement qu’une invention de journalistes en mal d’idées pour remplir leurs colonnes.
UN MAGNIFIQUE COUP DE BLUFF DES VERTS ?
Mais ces divergences masquent surtout un magnifique coup de bluff. Si en apparence les Verts ne veulent passer aucun deal avec le MoDem au premier tour, un sérieux débauchage tous azimuts a d’ores
et déjà débuté.
Plus que des troupes, les Verts recrutent pour le moment des têtes dans tous les partis — avec une nette préférence pour les formations satellites du MoDem. En Rhône-Alpes, ils ont convaincu le
pédagogue Philippe Meirieu.
Laure Leforestier, blogueuse et ancienne membre du MoDem, animera la liste Haute-Normandie Ecologie. Et en Alsace, c'est
le Mulhousien Antoine Waechter qui a été débauché, avec le Mouvement écologiste indépendant à sa suite, pour jouer la carte du gars du coin dans une région difficile à conquérir. Une concession
importante, le président du MEI étant considéré par beaucoup comme un « extrémiste », notamment de la cause animale...
Certains déçus du Mouvement démocrate tendent même des perches vers Europe-Ecologie, histoire de se ménager une solution de repli au cas où le parti de François Bayrou partirait trop léger aux
régionales. En Provence-Alpes-Côtes d'Azur, Jean-Luc Bennahmias, par la voix de son bras droit Christophe Madrolle, félicite à chaque occasion les rapprochements entre centristes et écologistes,
fustigeant le « sectarisme » des Verts. Une façon de revenir pas trop honteux pour celui qui, membre fondateur des Verts dans les années 1980, avait rallié Bayrou au lendemain de la présidentielle
en 2007.
Plus hésitante, la présidente de Cap 21 a abandonné l'animation des Commissions nationales thématiques du MoDem, un peu écœurée du sort fait aux contributions des militants. En marge du parti, cet
« étouffoir », Corinne Lepage a lancé Terre démocrate, club de réflexion transpartisan à durée de vie limitée (un an), « car il faut travailler avec les personnes qui innovent dans la société,
qu'elles soient encartées ou non. » Parmi les premières personnalités invitées à participer au club, on trouve Pascal Canfin, rédacteur du programme d'Europe écologie et poids lourd du mouvement.
Si la vice-présidente du MoDem dit avoir « de bonnes raisons » de rester auprès de François Bayrou, principalement pour les militants de Cap 21, ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui ne
demandent qu'à quitter le parti centriste pour intégrer Europe écologie.
Tant qu'à débaucher à tout va au Modem, à Cap 21 et au MEI, pourquoi ne pas avoir fait directement alliance au premier tour ? Une erreur stratégique majeure : ce serait perdre une chance unique
d'être l'arbitre de ces élections régionales ! En démantelant progressivement un MoDem déjà en mal de cadres sans sceller d'alliance formelle, les Verts évitent d'effrayer une partie de leur base
militante. Un bon score au premier tour pour Europe écologie et c'est Bayrou qui devra accepter de négocier a minima les places dans les futures majorités régionales. Une méthode redoutable pour
piéger le concurrent centriste et conserver le statut clé de troisième parti de France acquis aux européennes.
Démocrate de Boos :
Celà fait déjà un bon moment que je dénonce, pour notre région, le comportement de Claude Taleb, et sa manière hypocrite de faire semblant de négocier tout en mettant des conditions
insupportables pour le MoDem.
Bon, voilà, ce comportement est maintenant de notoriété publique.
Je me suis fait « remettre à ma place » par ceux de mon camp, ceux qui dirigent la fédération Modem de Seine-Maritime, pour avoir écrit, dès le 19 septembre, sur mon blog « En cuisine, les Verts
préparent plat écolo, à la sauce Leforestier, pour les régionales, indigeste. » http://democratedeboos.over-blog.com/article-36268520.html
Après les quolibets des petits stratèges, j’ai même eu droit à un coup de fil (de Bruxelles) m’invitant à ne plus critiquer Claude Taleb.
La bêtise est faite, et nune reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terram.
Alors au boulot.
Et si on inversait le processus ?
Bien des écologistes, au-delà de CAP21, vivent mal la main mise de la Fabiusie sur la région. Ce n’est pas pour autant qu’ils désirent de la Sarkozye.
La volonté du MoDem, en tout cas de ses militants, c’est que les régions soient gérées, non pas à court terme et dans le but d’asseoir une idéologie, mais pour le bien de ses habitants, et dans la
préservation de l’avenir.
Rejoignez nous pour défendre nos régions, il y a de la place sur les listes du MoDem. Point besoin de prendre une carte, point besoin de vous engager à voter Bayrou ou machin chose.
Moi, et, je le sais, la majorité des militants, nous vous tendons la main, individuellement. Pas dans un esprit de racolage, mais de construction, pour discuter sérieusement de la mise en œuvre
d’une gestion régionale où l’homme et son environnement doivent être au centre des investissements.
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